Pierre de Marbeuf
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: Ajouté le 4/9/2007 à 11:46

Né en 1596 et mort en 1645, il fut le
condisciple de Descartes au collège de La Flèche où il étudia le droit.
Devenu Maître des Eaux et Forêts, il fait carrière dans diverses
provinces française tout en composant une oeuvre poétique qui associe
le charme Ronsard à la rigueur de Malherbe. Il chante sa Normandie
natale, la nature et l'amour en manifestant parfois des talents de
satiriste.

Comme la mer, l'amour est amer
Et la mer et lÂ’amour ont lÂ’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer
Car la mer et lÂ’amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, quÂ’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux quÂ’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais lÂ’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

L'amour de mes pensers
L'amour de mes pensers, comme de son pinceau,
Vous peint à mon esprit, si je clos ma paupière,
Je vous vois en dormant, si je suis sans lumière,
Pour m'éclairer de nuit vous êtes mon flambeau.
Si je suis sur la terre, ou si je suis sur l'eau,
Vous me suivez sur terre, et dessus la rivière,
Car je vous vois toujours et devant et derrière
La croupe du cheval, la poupe du bateau.
Encor que de mon corps le vôtre soit absent,
A mon esprit toujours votre corps est présent :
Concevez-vous cela, ma divine maîtresse ?
Si pénétrer les corps par son agilité
Est la propre action de la divinité,
L'amour m'avait bien dit que vous étiez déesse.

Le miracle d'amour
Babylone a vanté ses murailles de brique,
Rhode a fait renommer son colosse orgueilleux,
Et l'Égypte a fait cas des sommets sourcilleux
D'une masse de pierre admirable en fabrique.
Éphèse aimait son temple ainsi qu'une relique,
Semiramis avait des jardins merveilleux,
Le tombeau de Mausole était miraculeux,
Et ne lui cédait pas le Jupiter olympique.
Les anciens ont dit merveilles en leurs vers
Des miracles premiers qu'on vit en l'univers,
Mais moi j'ai pour sujet la merveille seconde.
Ô ma Philis, alors que je décris vos yeux,
Célèbre qui voudra sept miracles du monde,
Je réserve à ma plume un miracle des cieux.

Songe
Cet Hiver en dormant je songe que ma flore,
Voulant récompenser mes peines et mes pleurs,
Me caresse, me baise, et me promet encore
De me garder le fruit de ces premières fleurs.
Ainsi durant la nuit se lève mon aurore,
Afin de m'assurer que les destins meilleurs
Dans cette vision mettaient un ellébore,
Qui purgeant mon esprit guérissait mes douleurs.
Mais tandis que ma main à l'arrêter s'emploie,
Ce corps subtil s'écoule, et moi dans cet effort
Je m'éveille en criant : " ô cause de ma joie,
Sommeil, l'on vous a cru le frère de la mort,
Mais puisque vos faveurs m'ont fait baiser Silvie,
Je vous crois bien plutôt le père de ma vie ! "

Je disais l'autre jour
Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours
Murmurant s'accordait au langoureux discours
Que je faisais assis proche de ma maîtresse.
L'occasion lui fit trouver une finesse :
Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,
Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,
Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse.
Je crus tout aussitôt que ces divins serments,
Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments,
Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes.
Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ?
Étant dessus le sable elle écrivait sur l'onde,
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