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La petite fille aux allumettes

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: Ajouté le 7/6/2007 à 13:48



C'était le soir de la Saint-Sylvestre et chacun se hâtait par les rues, portant sous le bras des boîtes de bonbons et de chocolats. La nuit d'hiver était froide ; un vent glacé soufflait et la neige recouvrait les toits et les arbres. Mais les gens, chaudement vêtus, rentraient joyeux chez eux pour célébrer le Jour de l'An et s'amuser jusqu'à l'aube.

Tous pataissaient heureux, tous sauf une pauvre petite fille, qui vendait des allumettes. Blottie dans une encoignure, elle grelottait de froid, car elle était à peine v^tue et avait les pieds nus. D'une voix tremblante, elle offrait ses allumettes aux gens qui passaient sans même lui jeter un regard.

Il y eut soudain une forte bourrasque. La neige commença à tomber sur les blonds cheveux de la petite marchande qui encadraient gracieusement ses joues pâles. Pour se protéger du vent glacé et de la neige, la petite fille se mit à marcher droit devant elle ; elle s'approcha, comme pour se chauffer, de l'éclatante lumière des vitrines qui débordaient de poupées, de cadeaux, de bijoux, de bonbons, en un mot de mille présents luxueux et exquis qui augmentaient sa terrible faim.

A tant marcher, elle se sentit très fatiguée et s'assit à un coin de rue. Elle n'osait pas rentrer chez elle car elle n'avait pas vendu une seule boîte d'allumettes et elle craignait que son père ne la batte. De plus, chez elle, il n'y avait rien pour le dîner et elle aurait aussi froid que dans la rue car le vent s'infiltrait par toutes les fentes. Comme elle avait les mains glacées, elle pensa qu'en craquant une allumette, elle sentirait quelque chaleur. Elle sortit donc une allumette et la frotta sur une pierre. "Crach !" la petite tête recouverte de souffre s'enflamma et sa lumière vive transforma totalement l'aspect misérable du coin dans lequel l'enfant s'était réfugiée.

La petite s'imagina qu'elle était assise près d'un grand poêle à charbon. Comme on sentait bien la chaleur ! Celle-ci se répandait dans l'atmosphère et ranimait les membres transis ; mais... l'allumette s'éteignit et l'illusion disparut.

La fillette sortit une autre allumette et la frotta sur la pierre. "Crach !" La lumière, cette fois, fut si brillante que le mur de la maison devint transparent, et la petite fille se trouva assise avec d'autres enfants, autour d'une table richement chargée de mets appétissants.

Engourdie par le froid, la fillette craqua une troisième allumette et se vit transportée au pied d'un arbre de Noël décoré de mille lumière ; mais une rafale de vent glacé éteignit la flamme de l'allumette et les lumières de l'arbre de Noël montèrent vers les étoiles.

"Quelqu'un est en train de mourir", pensa la petite fille en voyant, dans le ciel, une étoile filante. Elle avait entendu dire par sa grand-mère que lorsque les étoiles descendent, c'est qu'elles viennent chercher les âmes des mourant pour les emporter au ciel.

Une quatrième allumette répandit une clarté bleutée au centre de laquelle se tenait sa grand-mère, morte depuis longtemps déjà. La bonne petite grand-mère la regardait tendrement : elle avait perdu cet air de fatigue et de froid qu'elle avait au moment de sa mort ; au contraire, elle apparaissait belle et souriante.

"Gentille grand-mère, dit la petite fille, emmène-moi avec toi. Ne me laisse pas ici ; je meurs de froid." L'aïeule prit la fillette dans ses bras et monta au ciel avec elle. Là, l'enfant n'aurait jamais plus froid et elle serait heureuse pour toujours.

Ceux qui, sortant du bal au petit matin, s'en retournaient chez eux, trouvèrent, couché dans la rue, le corps de la petite marchande d'allumettes, morte de froid. Son beau visage resplendissait d'un bonheur que personne ne comprit, car personne n'avait vu les splendeurs qu'elle avait contemplées, elle seule, à la lumière mourante de quelques allumettes enflammées.


Conte d'Hans Christian Andersen

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» Catégorie Les enfants
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